Suzanne Lacore, institutrice engagée

Une pionnière au destin étonnant : c’est ce que l’on pourrait dire de Suzanne Lacore. De nombreuses rues ou écoles portent son nom dans le pays. À Noisiel, c’est le cas de la maison de l’enfance et de la famille, inaugurée en 2008 place du Front-populaire.

À une époque où la femme devait obéissance à son mari, où l’autorisation maritale était nécessaire pour obtenir un passeport ou ouvrir un commerce, où le mouvement féministe était en repli, où les femmes n’avaient pas le droit de vote, Suzanne Lacore a été nommée sous-secrétaire d’État à la Protection de l’enfance. Elle a fait partie des trois femmes choisies par Léon Blum en juin 1936 pour entrer au gouvernement du Front populaire, avec Irène-Joliot Curie et Cécile Brunschvicg. Les premières à appartenir à un gouvernement français.

Les femmes et les enfants d’abord

Née en 1875 dans une famille bourgeoise de Corrèze, elle est entrée à l’École normale d’institutrices, devenant enseignante puis jusqu’à sa retraite directrice d’une école primaire en Dordogne. Parallèlement, elle s’est engagée en politique, adhérant en 1906 à la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière). Elle a écrit de nombreux articles dans des journaux et revues, prônant notamment une révolution sociale, se consacrant plus particulièrement à la question féminine en contribuant à la création en 1931 du Comité national des femmes socialistes (CNFS), dont elle est devenue l’une des figures importantes.

Ministre en juin 1936, elle l’est restée un an. Durant cette année, elle a notamment institué la formation des jeunes salariées et pris des mesures pour la protection des enfants abandonnés. Sortie du gouvernement, son combat s’est poursuivi. Toujours investie pour les droits des femmes, elle a écrit plusieurs ouvrages, dont « Les femmes dans l’agriculture » (1938) et « L’émancipation de la femme » (1945). Dans des articles, elle a défendu en particulier l’école maternelle et l’éducation dès le plus jeune âge. L’enfant est devenu, à la fin de sa vie, sa principale préoccupation. Elle y a consacré son dernier livre, « Enfance d’abord ! », qu’elle a  publié en 1960 à l’âge de 85 ans. Elle est morte centenaire en 1975.